Par Thierry CZERNIAK, Expert SAP
Il y a encore peu, une grande partie des conversations avec les DSI évoluant dans un environnement SAP convergeait vers une même question : quand et comment passer à S/4HANA ?
Cette question reste évidemment centrale. Mais les annonces de SAP Sapphire 2026 montrent qu’une autre commence déjà à émerger : comment préparer son système à ce qui vient après ?
Car S/4HANA n’est pas une finalité. C’est de plus en plus le socle sur lequel vont venir s’appuyer les prochaines transformations.
De l’assistance à l’exécution
SAP a annoncé plus de 50 Joule Assistants spécialisés et plus de 200 agents, couvrant notamment la finance, les achats, la supply chain, les RH et la relation client.
L’évolution est importante.
L’IA ne se limite plus à retrouver une information ou à résumer un document. Elle s’intègre progressivement dans l’exécution de processus métier de bout en bout, avec l’ambition de permettre aux utilisateurs de formuler un résultat attendu plutôt qu’une succession d’actions.
C’est la vision portée par SAP avec l’Autonomous Enterprise.
La vraie valeur ? Le contexte métier
Derrière ces annonces se joue peut-être une évolution encore plus structurante.
Avec SAP Business AI Platform, SAP réunit Business Technology Platform, Business Data Cloud et Business AI dans un environnement unifié et gouverné. SAP développe parallèlement un écosystème ouvert intégrant différents modèles et technologies d’IA.
Dans ce modèle, la différence ne repose donc pas uniquement sur la puissance de l’IA, mais sur la qualité du contexte métier qu’on lui donne.
Un agent doit comprendre les données, les processus, les relations entre objets et les règles propres à l’entreprise pour prendre une décision pertinente.
C’est précisément le rôle que SAP attribue notamment à Business Data Cloud et au Knowledge Graph.
Et cela redonne une valeur considérable à ce que les entreprises ont construit dans SAP depuis parfois plusieurs décennies : leurs données, leurs processus et leur connaissance métier.
À condition, évidemment, que cet environnement soit lisible, gouverné et suffisamment standardisé.
C’est là que le Clean Core prend une nouvelle dimension : au-delà de l’agilité et de la maintenabilité, il devient progressivement un levier pour exploiter pleinement les innovations à venir.
Pendant ce temps, le très concret nous rattrape
Car un projet SAP doit toujours réussir à conjuguer vision à long terme et impératifs immédiats.
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises établies en France concernées par la réforme devront pouvoir recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et ETI devront également les émettre électroniquement et assurer leur e-reporting.
SAP accompagne cette évolution notamment avec SAP Document and Reporting Compliance. La version 2608 de S/4HANA Cloud Public Edition intègre également la validation des Business Partners dans l’annuaire public français.
Ce n’est peut-être pas l’annonce la plus spectaculaire de l’année. Mais c’est précisément ce qui fait la réalité d’un SI : préparer demain tout en répondant aux obligations d’aujourd’hui.
Et la souveraineté devient elle aussi un sujet SAP
Autre évolution structurante : la question de la souveraineté numérique entre désormais pleinement dans les réflexions autour des architectures SAP.
SAP a annoncé jusqu’à 300 millions d’euros d’investissements en France, avec notamment l’objectif d’ouvrir au premier trimestre 2027 une nouvelle région cloud souveraine et IA visant la qualification SecNumCloud. L’éditeur développe parallèlement ses offres avec Bleu et S3NS.
À mesure que l’IA intervient sur des processus et des données toujours plus critiques, hébergement, gouvernance, sécurité et souveraineté deviennent indissociables de la réflexion technologique.
Alors, quelle question poser à la rentrée ?
Après plus de vingt-cinq ans dans cet écosystème, je vois moins une rupture qu’un déplacement progressif du centre de gravité.
S/4HANA reste le socle.
Le Clean Core favorise l’agilité.
Business Data Cloud apporte le contexte.
Et l’IA ouvre une nouvelle manière d’interagir avec les processus métier.
La question n’est donc plus seulement :
« Quand allez-vous passer à S/4HANA ? »
Mais aussi :
« Votre système est-il prêt pour ce qui vient après ? »
Et c’est probablement une question qu’il vaut mieux se poser pendant la transformation, plutôt qu’une fois celle-ci terminée.


